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EMILIE LECOMTE

EMILIE LECOMTE

Trail et montagne, le partage d'une passion..

  ULTRA MITIC – 15 JUILLET 2011- ANDORRE

  DSCN1267[1]

 

Me revoilà dans la folle aventure de « l’ultra », l’Ultra Mitic d’Andorre : 112km et 9 700 m de dénivelé positif. Une course annoncée comme l’une des plus dures d’Europe. Des montées vertigineuses et des descentes bien techniques. Terrain pierreux, herbeux, perso j’aurais emmené ma luge ! Mais voilà, il y a le monde des passionnés, qui cherchent en permanence le dépassement de soi, et les autres, qui ne comprennent pas pourquoi c’est bien d’avoir mal, de se décourager, de revenir les pieds en sang et le moral cassé.

 

DSCN1317[1]J’assiste pour la troisième fois ma fille, Emilie LECOMTE, accompagnée de son copain Franck. Lui est un sportif à tempérament, mais pour sûr, plus endurci que je ne le serai jamais. Nous avons la chance d’arriver en Andorre sous le soleil, et avons pu profiter une journée entière de la région, magnifique. Bien sûr, il faut voir Andorre la Vieille pour le plaisir des prix, mais la vraie vie et le pur bonheur se trouvent un peu plus loin, dans cette région d’Ordino et ses alentours, bordés de maisons en pierre traditionnelle, au cachet incomparable. Il y en a pour tous les gouts, les amoureux de la nature, les randonneurs, les trekkeurs, ou simplement ceux qui recherchent le calme et la chaleur de l’accueil Andorran.

 

Nous sommes à l’heure pour le départ prévu à 23 h d’Ordino ce 15 juillet, où la foule est déjà rassemblée depuis longtemps dans ce petit village plein de charme et de chaleur, impatiente d’assister au départ de cette course qui a été préparée pendant une année par les Andorrans pour le bonheur et la fierté du pays, et qui rassemble 250 bénévoles et un staff de sécurité qui donne envie de participer à l’aventure, tant on est sûr que rien ne peut arriver.  Emilie retrouve Karine Sanson, une copine de trail et bien sûr une concurrente. Elle est ravie de partager cet évènement avec elle, chacune remportant la victoire sur l’autre à tour de rôle.

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Avec Franck, on a déjà préparé une stratégie de « suiveur », car les points de rencontre sont peu nombreux, compte tenu de la configuration de l’endroit et de la course. Certains ravitos ont été mis en place par hélico, alors il faut gagner un maximum de temps entre les points de rencontre, et marcher un peu pour voir Emilie le plus souvent possible.  L’accompagnant est décisif sur un parcours aussi long, et nous devons remplir notre mission jusqu’au bout, car un grain de sable peut vite faire basculer le cours des choses. Le coureur attend nos encouragements, et une bonne assistance permet de gagner de précieuses secondes, et la tranquillité d’esprit sur des détails. Aussi, très vite nous décidons de nous positionner à quelques 900 m du départ et de renoncer à l’adrénaline d’un départ en grande pompe sous la liesse de la foule, pour pouvoir rallier le premier point de passage de Llorts, situé à 6 Km. Notre voiture est déjà dans le bon sens, sitôt le passage d’Emilie, pour ne pas manquer Llorts où nous avons la joie de voir tous les coureurs, ceux de l’Ultra Mitic et de l’Initiatic qui partaient en même temps. C’est toujours la stupeur de voir la moyenne d’âge des coureurs, preuve qu’à cœur vaillant rien d’impossible. Je suis admirative de cette performance de se battre pour la gloire, même si ce n’est pas toujours pour la première place. Quelle leçon de vie… Au loin, on voit le feu d’artifice tiré juste au moment du départ, et déjà on entend les cris de la foule.

 

J’arme mon appareil pour capter Emilie, mais déjà elle est passée au premier point de rencontre sur notre rond-point à quelques centaines de mètres du point de départ à Ordino, et je l’entends me dire, « tu m’as loupé, j’étais là ». La honte, mais voilà l’appareil photo n’est pas un Reflex, et moi j’ai dû en manquer… de réflexe.

 

On court très vite à la voiture pour rallier Llorts et nous poster sur la hauteur du village, point de passage de tous les coureurs pour l’ascension de la première mais la plus longue des côtes pour atteindre l’altitude de 3000 m tout en douceur… Les mieux préparés et les plus résistants sont devant, les ambitieux qui se mettent à l’épreuve suivent de près, mais beaucoup ignorent qu’il faut en garder sous le pied pour la longueur, et surtout la technicité qui est là toujours, en montée, en descente, sans jamais de répit.

 

Déjà, on voit l’effort produit par tous, Emilie baisse la tête, concentrée, accusant les côtes et se disant probablement, je vais en ch…

 

Llorts est un petit village au charme incomparable, qui accueille les touristes en appart’s hôtels, c’est super sympa et les hôteliers sont très chaleureux.  Il y a foule et tout le monde encourage tout le monde, c’est ça le bonheur de suivre ce type de course, le partage du bonheur et de l’encouragement de ceux qu’on n’a jamais vu, et qu’on ne reverra peut-être jamais.

 

Rendez-vous avait été pris avec Emilie au Col Botella au KM 29, le 3e ravito mais le premier accessible aux accompagnants. Cela signifiait  6 h au moins avant de la revoir, les accès n’étant pas praticables depuis la route. Emilie craignait cette longue absence sur un parcours accidenté, malgré les 2 relais de ravito aux KM 17 et 23. Elle devait tenir coûte que coûte sans nous, sans notre présence et nos encouragements au plus fort de la nuit. Cela nous laissait le temps de rallier le Col par la route, et de trouver nos marques avant d’entamer une sieste pour récupérer un peu et l’accueillir avec le sourire. Arrivée prévue pour Emilie à 5 h dans son road-book personnel, passage exactement à … 5h. Incroyable,  elle avait bien prévu ses temps de passage. Son arrivée à Llorts avait été prévue pour 23h40, alors qu’elle passait à 23h 30. Emilie avale rapidement un morceau de banane et un coca, puis repart aussitôt. 1 mn d’escale seulement, pour ne pas rompre son rythme et voir apparaître les premiers signes de douleur.

 

Le rendez-vous suivant avait été fixé à Margineda KM 43,5, le point le plus bas du parcours (948m).  Tout juste un tiers de la course, il fallait tenir le double du temps déjà parcouru..Aïe Aïe Aïe… Emilie arrive à 7 h 36 le samedi matin, 6 mn plus tard que son temps estimé. Elle se change rapidement, grignote et repart après une halte d’à peine 4mn. Je lui conseille de souffler un peu, mais Franck l’incite à repartir déjà très vite pour ne pas lâcher. Elle semble fatiguée, mais hormis le fait qu’elle ne sourit pas, elle s’accroche et tient, la motivation est là et elle repart pleine d’énergie et de volonté.

 

En la quittant, nous savons que nous ne la reverrons pas avant au moins 15 h ce samedi, les ravitos 5 et 6 étant inaccessibles. Il faut repasser par Ordino pour rejoindre Bordes d’Envalira, ravito 7 au KM 76. Cela nous laisse du temps pour rentrer sur Llorts où nous avions réservé un hébergement, dormir 1h 30, prendre une bonne douche et rallier le point de rendez-vous. Franck commence à bien connaître la route que nous avons déjà faite plusieurs fois, la configuration des lieux forçant à revenir au point central d’Ordino. Nous tuons l’attente au KM 76, en discutant avec les bénévoles, qui ne savent pas quoi faire pour faire plaisir aux coureurs, et aux accompagnants.

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Emilie arrive à 15h 15, pratiquement comme prévu, accusant la fatigue, mais gardant toujours la volonté de continuer. Nous remplissons la poche à eau Quechua, mais n’arrivons pas à l’alimenter plus que ça, elle a mal au cœur, froid, elle est blanche et elle tremble. Elle a dû prendre un coup de soleil, mais là-haut, il fait 10° à peine à 2 600 m et malgré le soleil, elle a enfilé le coupe-vent, il fait froid pour les coureurs.

L’escale est de 7 mn, nous l’encourageons à bien récupérer avant de repartir, il reste encore pratiquement 60 KM à parcourir. Nouveau change, merci Quechua pour ces tenues pratiques, légères, faciles à transporter et à changer. Emilie apprécie de changer de peau et retrouve un peu de réconfort dans un corps fatigué par la sueur et l’effort, mais au sec pour continuer son ascension.

Nous la faisons boire un thé chaud et du coca, manger sucré, puis elle repart. Je la sais pleine de ressources, mais tout peut se jouer sur un tel parcours, et on ne peut jamais prévoir la réaction du coureur, pas même lui.

Nous repartons non sans nous être bataillés pour quitter notre stationnement, sur l’herbe, un peu embourbés, avec une Espagnole garée juste derrière nous, et à qui nous avons eu toutes les peines du monde à expliquer qu’elle nous gênait pour manœuvrer.  Hormis son charmant sourire prouvant qu’elle ne nous comprenait pas, elle nous a quittés sans plus se soucier de nous. C’était sans compter sur l’agilité de Franck, qui, à chaque course où j’ai le plaisir de partager l’aventure avec lui, nous nous trouvons dans une situation périlleuse et inconfortable

 

A ce niveau de la course Emilie a encore 3 pics à atteindre, et d’après le briefing d’avant course, pas des moindres. D’ailleurs elle nous confirmera à son arrivée que ce sont les 2 derniers cols qui ont été les plus durs. Il faut dire qu’après plus de 20 h de course, même quelques kms en pente moyenne auraient paru insurmontables. ..

 

Nous arrivons à Incles Pont Baladosa, Km 84, où nous attendons Emilie aux environs de 17 h ce samedi, d’après ce qu’elle nous avait dit. Nous avons le temps d’apprécier la montagne, sauvage, fleurie, et merveilleusement calme. Il fait chaud, le soleil est au rendez-vous, mais il y a du vent, il faut se couvrir. Les coureurs arrivent un par un, et à chaque instant, on a l’impression de la voir arriver. Il y a une petite clairière dans le haut de la montagne, juste assez pour voir les concurrents sortir de la montagne. Manque la longue-vue pour les distinguer, et c’est toujours plein d’espoir qu’on croit reconnaître notre poulain. L’attente se fait avec les autres familles et amis venus encourager leur pair. C’est drôle comme le contact s’établit tout naturellement autour d’une même cause. En somme, la vraie raison de l’existence, partager une même passion.

 

Nous encourageons les coureurs qui ont fait escale, et qui confirment la forte difficulté du parcours. Une coureuse de la course Ultra Initiatic me dit : je ne vois pas pourquoi ils s’escriment à vouloir réparer mon GPS, j’ai assez d’ampoules aux pieds pour clignoter et être repérée… Le hasard nous fait entamer la discussion avec un Réunionnais, venu encourager un copain sur la course. En lui parlant d’Emilie, je lui demande s’il l’a connait, et il me dit : bah oui, elle m’a grillé sur la côte du Pic de la Fournaise à la Diagonale des Fous…

 

Emilie arrive à 17h20, 20mn après son timing estimatif, finalement dans les temps depuis le départ de la course. Escale d’à peine 5 mn. Elle va mieux.

 

Nouveau point de rendez-vous au Refuge Coms de Jan, Km 92. Là, il va falloir marcher, il n’y a pas d’accès direct par la route. Franck a acheté une carte IGN pour nous permettre de trouver un chemin qui nous amènera au ravito N°9. Mais voilà, il va falloir choisir, relais 9 ou 10, on n’aura pas le temps de faire les deux, compte tenu qu’il faut marcher pour aller à la rencontre des coureurs aux points de ravito. Nous essayons toutefois de prendre un chemin dans la montagne, marchons relativement à bonne allure, toutes proportions gardées, Franck ayant quelques années de moins que moi, et quelques heures de plus d’entrainement … Finalement, nous devrons rebrousser chemin, il s’est trompé sur l’itinéraire et nous n’avons plus le temps d’arriver au refuge. D’après les estimations de passage d’Emilie, il reste 10 mn avant de la retrouver, et plus que ça à parcourir pour atteindre le point de rencontre. Nous décidons de rebrousser chemin pour tenter d’arriver au ravito 10, KM 100, Refuge de Sorteny. A ce stade de la course, Emilie a déjà pris une heure de plus que son temps estimé, et c’est à 19h30 qu’elle passera a Coms de Jan, Franck est dégouté, il a calculé qu’il aurait eu le temps de la voir. C’est déjà un peu tard sur la course, Emilie aurait aimé nous voir un peu plus, et finalement, partout où on peut la rencontrer, même sur la dernière ligne droite, c’est un encouragement de plus. A ce stade, elle est extenuée, seule et la nuit commence déjà à poindre. Les coureurs sont très distants les uns des autres, et plus de la moitié ont déjà abandonné.

 

Nous décidons très vite de la retrouver au Refuge de Sorteny, Km 100. La encore, il faut marcher, mais nous avons trouvé un sentier de rando très sympa qui monte tout en douceur, l’endroit est super joli, perdu dans la montagne. Ils ont même créé un jardin botanique, que les enfants du village viennent visiter en promenade de classe. Pas le temps de s’arrêter pour en profiter, le temps file et nous devons absolument accueillir Emilie. L’ascension se fait dans un parc naturel ou toutes les variétés de fleurs poussent naturellement, préservées des agressions de l’homme. C’est sublime. J’en profite pour enrichir mon album « chasse, pêche, nature et tradition », eh oui, il faut aimer la nature pour l’apprécier…

 

Nous aurons finalement tout le temps nécessaire, Emilie n’arrivant au Refuge qu’avec plus d’1h30 de retard sur son temps estimé (21h30). Franck me demande de partir devant pour pouvoir la prendre en photo sur le chemin, mais j’aurai dû attendre plus d’une heure, pour finalement arriver à la voiture sans l’avoir croisée. C’est notre avant-dernier rendez-vous (manqué) avant l’arrivée, et j’aurais aimé pouvoir l’encourager sur la dernière ligne droite.

 

Franck redescend du Refuge après plus d’une heure, moi inquiète et pensant qu’Emilie a fait un malaise, sa balise GPS n’apparaissant plus sur les écrans. Il a pu la voir, rapidement, et nous reprenons la voiture pour arriver à Ordino pour l’accueillir sur la ligne d’arrivée. J’arrive sur le chemin de la descente à la retrouver, et prends 2 secondes pour l’embrasser, il me semble que je ne l’ai pas vue depuis bien longtemps. Elle est à bout de forces, mais son allure reste vive. Nous l’aiguillons pour qu’elle trouve facilement le balisage, difficile  à repérer après 23 h de course non stop. Ses derniers 12 km sont interminables et elle a du mal à garder le moral. Nous lui indiquons qu’elle a toujours la première place depuis le départ et que la seconde féminine est à plus de 2 h derrière, pas de souci à se faire sur le score.

 

Elle arrivera à 23h31mn 40s à Ordino le samedi, accompagnée par Franck, autorisé à emboîter le pas des coureurs sur les 6 derniers KMS. Heureusement qu’il est là, Emilie court pendant qu’il marche, c’est l’ironie du sort, Franck n’est pas coureur dans l’âme, et pourtant il va plus vite qu’elle. Je pars devant pour garer la voiture et l’accueillir à l’arrivée, et annonce son arrivée pour d’ici 20 mn. Finalement, elle mettra plus de 35 mn pour parcourir la distance qu’elle avait couverte la veille en moins de 15 mn. Ses jambes ne la portaient plus, seul le moral était là pour la mener à la ligne d’arrivée.

 

Je l’attendais désespérément lorsqu’elle est apparue, et c’est avec un grand soulagement que je l’ai accueillie, épuisée mais heureuse, comme à chaque fois qu’elle franchit la ligne. Les journalistes locaux l’accueillent et déjà, elle doit répondre en direct à quelques questions, alors qu’elle a soif et qu’elle est transie de froid. Elle finit en première féminine, avec un classement à la 12e place au scratch.

 

C’est une nouvelle victoire pour elle, malgré la déception d’avoir mis 2 h de plus que son estimation de départ (22h15h), mais pour moi, c’est une fois encore l’orgueil de la fierté qu’on éprouve devant la performance de son enfant. Je veux partager avec elle cette victoire, car elle le mérite et je mesure les sacrifices qu’implique une telle course.

Bravo encore à toi ma fille, Maman qui t’aime.

 

Claudine LECOMTE