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La Diagonale des Fous : Le meilleur & et le pire…

 

Voilà ici résumé en 2 mots ma diagonale…

Une fois n’est pas coutume, je n’irai pas au bout de cette édition 2011…

 

C’est le cœur gros et la tête plein de questions que je me réveille ce samedi 15 octobre, comme si 24H manquaient à mes souvenirs…

Que s’est il passé ??? Abandon ?? Vous avez dit Abandon ? Impossible, même pas en rêve !.... Il va pourtant bien falloir se résoudre à digérer ce morceau au goût amer…

  GALIBIER ET REUNION 036

 

Jeudi 13 octobre, 19H

 

Nous arrivons finalement à Cap méchant dans notre superbe voiture de loc, dont le bruit venant du moteur était à ce point effrayant que nous avons bien crus restés en rade le jour du départ de la course, et nous imaginions déjà obligés de faire quelques kilomètres d’échauffement à pied ou en stop avec Pierre, histoire de ne pas rater le départ… Mais Franck ne manque jamais à sa mission, et nous arrivons à bon port, une petite place bien choisie,  avant de nous laisser là pour repartir en vitesse chercher une voiture en bon état et qui ne risque pas de lui claquer dans les mains, en plein milieu de nulle part, au beau milieu de la nuit…

A ce moment, j’ai dû me faire à l’idée que peut être je ne le verrai pas au volcan, et peu être même plus, si le problème de voiture ne s’est pas résolu comme nous l’envisagions…Un peu de tracas que j’évacue au maximum en me disant que j’ai suffisamment de quoi tenir dans le sac quoi qu’il arrive…

 

22H,

Départ bousculé par les 2600 fauves qui sont prêt à en découdre pour cette 19ème édition, 162 kilomètres et 9600 Mètres de D+ devant nous, tout un programme !...

Un rythme de folie sur les 4 premiers kilomètres de bitume qui ressemble plus au départ d’un 10 kilomètre que d’un ultra ici, à la Réunion, ou chacun sait que la difficulté du terrain aura tôt fait de ralentir notre « Pas » volontaire…

 

Les troupes commencent à s’étirer, nous sommes bien échauffés mais bien plus secs qu’en 2009, et cette fois nous ne pataugeons pas (encore…) dans nos baskets…

Virage à droite, et c’est le début de l’ascension vers le volcan. Je suis pas trop mal placée à priori, car pas du tout gênée devant, ce qui est bien plus agréable pour faire une montée rapide…

 

Ravito du volcan, vendredi 2H39

 

Je suis rassurée de voir Franck. Je ne sais pas comment il s’est débrouillé, mais il est là, tout va bien ! J’ai l’agréable surprise également de retrouver Marion emmitouflée dans sa doudoune, et les garçons du staff QUECHUA, venus m’encourager.

Je pointe 3ème à quelques minutes de Cathy Dubois & Liliane Cleret.

Je repars en vitesse après une bonne gorgée de Cilaos menthe, et fais une remontée canon vers Piton Textor, puisque je passe avec 50’ d’avance sur mon timing. Comme quoi le froid peut vous donner des ailes ! Malgré le brouillard dans la descente, les yeux sont bien ouverts, et les appuis sont sûrs.

Je suis passée devant Cathy, et Liliane n’est plus qu’à 6 petites minutes devant.

 

Jusqu’ici tout va bien, j’avance sans trop me poser de question.

Mare à boue porte bien son nom, puisque les sentiers qui nous mènent jusqu’au kilomètre 50,4 sont bien gras et bien glissant par endroit.

PHOTO DIAGONALE DES FOUS 2011 EMY3

En fait je trouve ça assez rigolo et joue avec le terrain ou par endroit je me rattrape de justesse, ayant réalisé une belle figure de style qui vaudrait son pesant de ridicule au Guinness des cascades les plus pourries !... ça me fait bien sourire, et m’occupe aussi beaucoup l’esprit.

 

Du bitume, du bitume, du bitume ….Pour rejoindre Mare à boue, un peu de route, ou je croise Vincent, qui ne semble pas au mieux, mais ne m’inquiète pas trop car suis certaine que ce passage à vide sera de courte durée pour lui, et qu’il va se refaire au ravito de Mare à boue.

Je vois Franck 2 kilomètres avant le ravito, qui me dit qu’il n’aura pas le temps d’y être avant que je passe.. Les boules !

 

Ravito de Mare à Boue, vendredi 5H01

 

34’ d’avance sur le timing, et de bonnes sensations. Je remplis de nouveau le camel, bien à bloc car je ne verrais pas Franck avant Cilaos, soit dans 39 kilomètres…

Un morceau de banane, un verre de coca, un thé chaud, et roule poupoule !

 

La section qui suit sera, comment dire… Joueuse, collante, glissante…. Tous les mots en « …iante » en fait ! J’adore !! Il faut avoir bien serré ses chaussures, sous peine de finir en chaussette dans « la gadoue, la gadoue la gadoue, doux la gadoue, la gadoue…… »

PHOTO DIAGONALE DES FOUS 2011 EMY2    

Pas la peine de se fatiguer à rester droit, et au sec, de toute façon on finira dans la boue jusqu’aux genoux à certains endroits…

Et puis il y a ces arbres auxquels il faut se tenir pour passer en descente, les rocher un peu glissant, oups il faut baisser la tête, et attention ça remonte, hop ça redescend, zouuuuuuu ça glisse, pfff ça colle, bref, du vrai Trail bien rustique comme j’aime !!

PHOTO DIAGONALE DES FOUS 2011 EMY1

Une forêt bien dense dont on peine à voir le bout, puis revoilà du bitume, du bitume, du bitume… On se demande se qu’il fait là !?

 

 

Passage un peu trop « éclair » au ravito de Hell bourg, vendredi 8H30,  kilomètre 71

 

Kriss, tu m’ouvres les yeux… ! Belle surprise de la voir ici ! Un peu de réconfort avant d’attaquer un nouveau morceau inconnu pour moi, mais que j’imagine bien être un gros morceau du parcours…Je prends quelques nouvelles de Seb, qui fait une superbe course, il est passé ici il y a 40’, et est 12ème scratch, génial ! ça motive !!

Un petit coup de St Yorre, (merci beaucoup kriss), un thé chaud à peine avalé même pas terminé, un morceau de banane emmené au passage, et en avant Guingamp pour une remontée de presque 1500 Mètres d’un seul trait jusqu’à Caverne Dufour…

 

Et là, c’est le drame…. !

Mais, ou sont partis mes jambes ??!

J’ai dû les laisser en bas au stade d’Hell bourg je ne vois que ça !

 

Panne moteur en vue, je n’avance plus… J’ai la sensation de n’avoir jamais fait de montagne jusqu’ici, chaque pas est un enfer !...

Je perds un temps monstrueux, et le pire, c’est que ça attaque le moral…

Je mange une pâte de fruit espérant que le sucre fasse son effet kiss cool… Pfff trop tard… Longue descente aux enfers ou je touche petit à petit le fond du gouffre physiquement et moralement.

Histoire d’en rajouter une petite couche, je vois Karine Herry juste derrière un virage plus bas qui  fait une montée spectaculaire, et qui me passe, toute fraiche, en me souhaitant une bonne course…

 

Je ne cherche même pas à m’accrocher, mais simplement à mettre un pas devant l’autre histoire de continuer à avancer en limitant la casse en perte de temps…

 

Caverne Dufour, vendredi 11H35

 

Echange de quelques mots avec les bénévoles, je suis marquée… Un peu de réconfort d’un gars venu faire l’assistance d’un autre coureur, (je ne sais pas qui.. ?), qui me dit, « tu vas te refaire dans la descente jusqu’à CILAOS, et que ça va revenir… » Ces paroles me font un bien fou, même si je n’imagine pas comment remonter la pente tellement je vais mal !...

 

Et le miracle opère ! En effet, je suis dans ma partie ! Je reviens petit à petit plus lucide et apprécie de ressentir mes jambes et de bons appuis dans ce dédalle de marches plus inégales les unes que les autres !...

 

J’aperçois le stade de CILAOS un peu plus bas, et la motivation est à son paroxysme, ça  y’est je vais enfin revoir Franck !...

 

Le monde est vraiment petit !!... Incroyable, je fais la descente sur la route qui mène au stade de Cilaos aux côté du même gars avec qui j’ai terminé le Trail du Galibier 2 mois plus tôt!!! Truc de dingue ! Lui ne va pas super, je lui raconte également mon passage à vide, et Il me dit que lui va faire un petit dodo à Cilaos…

Sur la Route, je croise, Marion, tout sourire, qui me réchauffe le cœur et qui m’entoure de mots d’encouragement tout gentils.

Je croise également Seb, et comprend tout de suite qu’il y a un truc qui ne colle pas, il semble avoir stoppé sa course…Mince ! pas cool…

 

 Ravito de CILAOS, Vendredi 12H51

 

J’ai réussie à limiter la casse dans cette perte de temps, puisque j’arrive avec pile 1’ de retard seulement sur mon timing prévu…

Je retrouve mon chéri derrière les barrières au stade ; Je le sent tendu, fermé.. Je ne comprends pas trop pourquoi, car je me remets à peine d’un énorme passage à vide et suis contente de retrouver un peu de couleur au visage. Mais comment lui expliquer d’où je viens en si peu de temps, pour qu’il trouve les mots dont j’ai besoin pour continuer ma route… ?

 

« Il faut faire vite » ces mots raisonnent dans ma tête, et je ne pense qu’à ça tout en effectuant des gestes devenus presque automatiques, pour repartir des que possible. Je prends des nouvelles de Karine, n’ai aucune infos sur les écarts à l’arrière, mais n’y pense pas trop non plus pour le moment.

J’en oubli l’essentiel : prendre le temps de manger correctement pour recharger les batteries que je viens de vider dans leur quasi-totalité.

 

Et je repars, avec 3 fois rien dans l’estomac, et une courte pause de 11 minutes…

 

On va rentrer dans MAFATE…

 

Le changement de terrain est notable dés le début : c’est sec !! Pas trop chaud. Conditions idéales donc.

 

Je crains un peu le changement de chaussures, ne suis pas trop sûre de mon coup, mais n’avait pas trop le choix, les autres étaient gavées de boues et d’humidité !...

Ça ne manque pas, je croise un photographe, et me vrille la cheville juste devant lui en échangeant quelques mots avec lui… La loose !! Heureusement, ça ne craque pas, pas d’inquiétude donc…

 

Je croise sur le sentier de ronde Cédric et notre cameraman qui m’entourent de leurs encouragements qui font tellement de bien, et file vers le fameux Taïbit, morceau de choix de Seb d’après ce que j’ai compris (;-)) …

 

Je pointe au début du sentier du Taibit à 14H21 et arrive sur Marla 1H30 plus tard.. Soit une section plutôt rapide, mais j’accuse toujours 29’ de retard sur Karine. 10 coureurs seulement nous séparent…

 

Le corps s’emballe et la tête aussi. Je veux absolument refaire mon retard sur elle alors que je suis toujours à 36’ d’avance sur mon timing prévu…

 

Juste un coca au Ravito de Marla, vendredi 16H14

 

Du grand n’importe quoi ! J’attrape un verre de coca, la bouteille de St Yorre qu’un ami à Vincent me donne gentiment ainsi qu’un mini sandwich au fromage et repars dans la foulée sans avaler quoi que ce soit, le sandwich à la main… 

 

Alors que la tête est mobilisée à la course, je ne pense plus à m’alimenter, et comme j’ai suffisamment d’eau pour tenir jusqu’à Roche plate ou je dois retrouver Franck, je fais l’impasse sur le ravito de Trois roche, ou je dis juste bonjour sans m’arrêter, le sandwich toujours à la main…

 

Revoilà le mal de jambes….

Il n’y a pourtant que 400 mètres à peine à grimper pour rejoindre Roche plate, mais ils me semblent interminables !! Je reperds un temps fou, et la tête commence à broyer du noir.

C’est peu être le moment pour avaler ce fameux sandwich qui commence à être en miettes à force d’être serré entre mes mains !...

 

Le coca à répétition dans l’estomac à certainement dû précipiter une nouvelle Hypo, que je n’ai de nouveau pas vu venir, mais lorsqu’elle vous tombe dessus, rien ne va plus !...

Début de ma deuxième descente aux enfers !

Ce sentier n’en finis plus et je ne vois rien qui ressemble à un ravito à l’horizon… j’ai de plus en plus mal aux jambes, mais m’efforce d’avancer car le moral est vraiment entrain de lâcher…

 

Ravito de Roche plate, vendredi 18H10

 

Je retrouve Franck. Ouf, vite, une chaise. Je m’écroule littéralement dessus. Les gestes même automatiques ne se font plus. C’est Franck qui me presse un peu, mais j’ai le cerveau en coton. Je ne réfléchis plus trop et répond juste aux questions. Franck semble toujours un peu tendu.

 La 3ème Hélène Haegel est à 15’ derrière et je suis moi-même à 38’ maintenant de retard sur Karine.

Malgré tout, je n’ai même pas la lucidité suffisante pour me rendre compte que malgré ce contexte, je suis toujours 10’ en avance sur mon timing…

Je crois que je bois un thé chaud, un peu de St yorre, je ne sais pas si j’ai avalé quelque chose, sans doute… ? et je repars… Pas vraiment ragaillardie !..

 

Le bout du tunnel est encore loin… Et oui c’est ce qui arrive quand on fait n’importe quoi… Plus d’essence dans le moteur… Tout part en vrille.

Le brouillard s’est invité sur le sentier qui mène à la brèche avant les orangers. Dans mon délire je me demande si je n’ai pas loupé le croisement, et si je ne serais pas en train de remonter vers le Maido… ! N’importe quoi !... J’avance comme je peux. J’ai la tête vide, et les jambes aussi.

 

Je suis seule. Pas de coureurs ni devant ni derrière pour me sortir de cet état de solitude profonde. 

La route qui mène aux orangers n’est pourtant pas si désagréable.

N’ayant plus une once de réflexion intelligente, et avançant dans la nuit tel un robot programmé, je passe le ravito des orangers sans m’arrêter…

Un coureur se retourne même et me dit « bah, t’es déjà là ?! Mais tu ne t’arrêtes jamais toi ou quoi ?!... » ben oui apparemment j’enchaine les bêtises pourquoi ?...  Si seulement Franck avait pu me recadrer à Roche plate ! De quoi me rafraichir les idées, pour arrêter de me plonger toute seule au fond du gouffre…

Machine, vous avez dit machine ??!...

Telle une machine, j’avance péniblement, l’envie n’y est plus..

Et je commence à trébucher de plus en plus souvent, les descentes sont un véritable enfer pour mes cuisses, et les appuis sont fuyants…

Une boîte sans graviter dans les canalisations, un peu écorchée, mais je ne sens rien.

 

Ravito de Deux Bras, vendredi 21H42

 

Bon,  lueur d’espoir dans ma tête blonde : « quoi qu’il arrive, à deux bras je me pose, et je mange… »

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Pas mal pour un début …. Mais sans doute trop tard ???

On m’offre une chaise, sur laquelle je m’écroule de nouveau, et on me propose gentiment du riz, des lentilles et un morceau de poulet. Une belle assiette qui rien qu’en la regardant donne du baume au cœur !

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 Des bénévoles tous plus gentils les uns que les autres m’entourent de leur chaleur humaine incroyable et me propose massage, soigner ma blessure, et tout un tas de chose trop confortable que je ne saurai accepter sous peine de me refaire une santé…

J’avale 3 ou 4 cuillères de cette excellente gamelle, puis plus faim.

J’aperçois Hélène qui arrive au moment même ou je m’apprête à repartir.

 

Je rejoins 2 coureurs Réunionnais, avec qui je démarre cette fameuse montée vers dos d’âne. Celle là même qui m’avait portée bonheur 2 ans auparavant…

Ironie de l’histoire, car c’est ici même que rendrais les armes de mon aventure à cette Diagonale, et ici même que je serai également rattrapée par Christine Benard, mais cette fois, c’est moi qui suis à l’arrêt et elle bien fatiguée, mais déterminée tout de même à aller au bout…

La boucle est bouclée ? 

Je ne sais pas, mais en tout cas je remercie vivement et du fond du cœur les 2 coureurs Réunionnais de m’avoir sortie d’une chute qui aurait pu tourner au scénario catastrophe s’ils n’avaient pas été là… un pas de trop mal assuré, trébuche, et bascule la tête en avant dans la ravine. Glissade dans les feuilles et je tente de m’arrêter comme je peux dans ce qui reste de racines, stoppée par le branchage d’un arbre mort planté là au milieu de la pente….

A ce moment je ne réalise pas trop bien ce qu’il vient de m’arriver. Après plusieurs secondes pour reprendre nos esprits tous les 3, ils m’expliquent calmement, que le prochain arrêt se trouvait plusieurs mètres plus bas…. Plus proche de la rivière quoi…

Sans plus réfléchir à autre chose que, Ouf, je suis en vie, je rends mon bracelet en haut de dos d’âne. Le reste semble ne plus avoir d’importance…

 

Comme me l’a soufflé mon ami Richard, « ce qui ne tue pas, te rends plus fort ».

Je vais méditer là-dessus.

 

Merci à Franck de m’avoir suivi une nouvelle fois, sans toi la route est impossible, en voici la preuve.

Merci à ma Famille, mes amis, à toute la Team QUECHUA raideurs, Traileurs & le staff,  pour votre soutient cher à mon cœur, vous êtes indispensables à mes pensées, merci d’être à mes côtés.

Merci à mes partenaires QUECHUA & GO2 pour votre confiance, merci à tous ceux qui m’ont soutenu, @bientôt sur les sentiers pour de nouvelles Aventures !

 

Vive le Trail, la Montagne, la Réunion & vive la vie !        Emy