Overblog Suivre ce blog
Editer la page Administration Créer mon blog
EMILIE LECOMTE

EMILIE LECOMTE

Trail et montagne, le partage d'une passion..

Vendredi 23 Avril 2010 – 6666 L’OCCITANE

Départ de Vailhan sous quelques gouttes de pluie. Il fait plutôt frais, et les trailers vont pouvoir courir sans souffrir de la chaleur. Emilie est très concentrée durant les quelques secondes qui la séparent du top départ. Elle est déjà positionnée en tête de départ sur la ligne et la pression commence à monter.
Puis, c’est le départ à 21 h, dans une ambiance chaleureuse, où l’on sent que les coureurs sont remontés à bloc.

Avec Franck, son copain, nous décidons de partir très vite pour la voir passer au bas du barrage des Olivettes, où la nuit vient subitement de tomber. Il nous faut faire vite, car il y a beaucoup d’accompagnants et nous devons pouvoir rallier les points de rencontre, à la fois pour le plaisir de suivre tous les concurrents et aussi pour stimuler Emilie tout au long du parcours. Elle est déjà dans le pool de tête au tout début. C’est un départ trop rapide à notre goût, il faut tout de même couvrir 118 km de sentiers étroits, escarpés, glissants sous la pierraille de ce terrain aride, recouverte par endroits par le feuillage sec laissé à la fin de l’hiver, et avec un dénivelé égal à celui qu’on nous avait promis.

Nous rallions très vite le Mas Rolland à Montesquieu à 6 km du point de départ de la course. Emilie semble en forme.

Puis, nous prenons la route pour le 1er ravitaillement à Faugères, à 17 km de Montesquieu, soit une vingtaine de mn en voiture. D’après nos estimations, nous allons attendre 1h30, Emilie ayant évalué son passage au ravito aux alentours de minuit. Nous sommes partis avec Toundra, la chienne d’Emilie et Franck, heureuse de profiter de son maître aussi longtemps. Nous prenons le temps de lui donner à manger. Ambiance super sympa sur ce point de rencontre, situé dans la salle Bacchus, où une dégustation de vins du pays est organisée pour les accompagnants, dans une ambiance musicale dynamique et festive, avec l’orchestre du groupe Mega Watts, 4 jeunes sympas qui accueillent chaque coureur au pointage.

Le journaliste Johann et l’animateur Ludo attendent avec nous au ravito l’instant de retrouver Emilie, pour relayer sa course tout au long des points de passage obligatoires. Mais voila, alors que nous profitons de l’ambiance super sympa de cette pause dans la musique et un verre à la main, nous trouvons le temps long et quelques filles sont déjà passées ainsi qu’une quinzaine de coureurs, alors que nous attendons toujours Emilie. Petit moment d’inquiétude, qui fait très vite suite à la panique, les 2 portables ont un message d’appel, mais on ne capte rien en montagne. En vérifiant au pointage, Emilie est déjà passée à 11 h 05, alors que nous ne l’attendions pas avant minuit. Elle a contourné le passage par l’extérieur et nous l’avons raté. Nous avons raté notre premier ravito d’assistant, et elle n’a pas pris d’eau au passage.

Départ sur les chapeaux de roue pour Lamalou les Bains (km 46), point suivant du ravitaillement. Ville thermale très jolie ou le ravito est accueilli dans les Thermes. Il est déjà 1 h 00 et le temps se rafraîchit. Franck reste en éclaireur à l’entrée de la ville près d’un point d’eau. Il guide les coureurs qui s’égarent un peu, la fatigue commençant à se faire sentir pour certains, et le balisage n’étant pas toujours très clair. Dès le départ de la course, les organisateurs doivent repartir faire le balisage, qui a été retiré par de mauvais blagueurs, ce qui pénalise les coureurs. Sur ce terrain pierreux et glissant, il est très difficile de garder toute sa vigilance, à la fois pour rester sur le parcours, et pour positionner ses pieds correctement pour éviter la chute ou de se tordre les chevilles.

Emilie arrive à 2 h 30 du matin à Lamalou, épuisée, énervée, elle n’a pas ravitaillé en eau au précédent passage à Faugères, et a dû courir 25 km sans eau, elle est déshydratée. Franck et moi-même remplissons son camelbag et lui donnons ses bâtons pour la suite du parcours. Elle grignote très vite quelques quartiers d’oranges et des bananes, boit un peu de St Yorre et repart, épuisée mais déterminée.

Nous décidons de rejoindre Combes, 9 km plus loin, pour encourager Emilie. C’est un petit village plein de charme, qu’on rallie par de petits passages dans le village, on arrive sur la place de l’église, tout est illuminé, c’est super joli. Il est 3 h 00 environ et nous enfilons le manteau, il fait froid à attendre dehors, et nous commençons à ressentir la fatigue. Il n’y a que 3 personnes à notre arrivée, et nous ne sommes dérangés que par le bruissement et le petit cri des chauves-souris qui tournoient dans la nuit. Puis Emilie arrive au détour d’une côte. Elle a repris le moral, et sourit presque. Le rythme est au pas, mais l’allure est bonne.

La suite du parcours n’est pas accessible par la route, aussi, nous décidons de reprendre la voiture pour le prochain ravito à Colombières sur Orb, au km 59 (20 mn de voiture pour nous). Il y a de moins en moins d’accompagnants, seuls les relayeurs attendent leur équipier pour l’encourager avant l’ascension du Mont Caroux. Il y a un blessé allongé au sol, entre les mains du médecin qui manipule sa jambe pour remettre d’aplomb le péroné qui a souffert, mais le moral du trailer est toujours là, il s’alimente pendant le soin et semble ne pas trop souffrir.

Franck est toujours en avant-poste pour voir arriver Emilie. Puis le trailer repart assez vite, requinqué. Emilie arrive à 5 h 30, on la ravitaille en eau, elle ne veut pas se changer et a trop chaud. Elle repart très vite sans perdre de temps, pour l’ascension du Mont Caroux situé à 1100 m d’altitude, il fait encore nuit.

Elle arrive à Mons la Trivalle (km 74) à 7 h 55 avec plus d’une heure d’avance sur ses estimations. Il fait déjà grand jour. Nous accueillons les relayeurs qui passent le relais à leur équipier, ils sont heureux d’être arrivée et ont l’air d’avoir apprécié le lever du jour depuis le mont. Ils en ont plein la vue. Nous interviewons 1 ou 2 coureurs, ils semblent épuisés et disent que c’est très dur. Certains font une pause en se massant les cuisses. Ils se changent aussi.

Franck décide d’aller encourager Emilie au Bardou, 5 km plus haut. On s’y rend par un petit sentier de montage ou ne passe qu’un seul véhicule, heureusement on est en 4 X 4, mais la voiture souffre tout de même de cette ascension faite de lacets interminables, mais la vue est superbe, on s’éloigne du sol pour prendre toute la mesure de ce paysage magnifique, haut en couleur avec sa végétation très jeune dans la saison, mais où les verts se côtoient et se multiplient. C’est somptueux, on en a plein les yeux. On arrive à Bardou, sublime village de montagne ou règne un silence reposant et forçant le respect. Seuls 2 ou 3 paons nous accueillent de leur cri de « LEON » si caractéristique ; nous en profitons pour grignoter un peu et nous reposer quelques minutes en attendant Emilie. A ce stade de la ballade, il n’y a plus aucun accompagnateur, soit parce qu’ils sont restés sur les points de ravitaillement, soit parce que leur coureur a abandonné sur le chemin. Après le passage d’Emilie vers 9 h 00, nous redescendons sur le lac de l’Airette ou se situe le barrage ; la vue y est superbe, nous l’avions visité quelques jours plus tôt avec Emilie, au bas du barrage coulent des cascades qui viennent se jeter dans les lacs qui serpentent le long de la montagne dans la vallée.

Mais pas vraiment le temps de visiter ce matin, il faut rallier Olargues (km 89). Franck a eu le temps de repérer des coins de pêche et de ballades en VTT. Le chemin fourmille de sentiers pierreux et de terre qui invitent à la découverte, à pied, en rando ou en VTT. Il faudra revenir, c’est sûr.

L’attente à Olargues se fait sous un soleil qui commence à taper fort et présage d’une nouvelle journée certainement difficile pour les trailers qui vont devoir lutter contre la chaleur. On prend son mal en patience, Franck s’inquiète auprès des gendarmes détachés à la sécurité du meilleur moyen de rejoindre le Col du Carbou. Emilie nous appelle en pleurs, il est 10 h 30 et elle s’est perdue. Elle ne voit plus le balisage et est égarée dans les vignes. Heureusement, nous avions visité Olargues et la Tour du XIIe siècle quelques jours plus tôt, et j’ai pu la guider jusqu’à la tour pour qu’elle retrouve son chemin. Elle est arrivée avec le sourire en demi-teinte, mais très découragée et à bout de forces. La mairie nous accueille avec un ravito de qualité, cette même abondance de victuailles et de bonne volonté que nous avons trouvée tout au long de la course.

Il est 11 h 30 lorsque Emilie arrive, elle a toujours 45 mn d’avance sur son timing estimatif de départ, malgré les 20 mn perdues sur le chemin. Il nous faut la rebooster pour repartir, elle craque. A cet instant, nous ne sommes pas trop de deux pour l’encourager et lui donner un peu de notre énergie. La fatigue se dessine sur ses traits, elle commence à payer le manque d’eau des 25 km après Faugères, et un départ un peu précipité.

De nouveau, Franck décide de rallier le Col du Corbou, ou l’ascension est rude sous le soleil, la prochaine étape étant Vieussan, Emilie a besoin de nous voir à tous les passages possibles. Nous empruntons un chemin fait de caillasse et de terre, sinueux, ça ressemble à tout sauf à un chemin carrossable, et on se demande si on ne va pas arriver dans un terrain de vigne. Contre toute attente, on arrive au col après avoir monté, monté, tourné, viré, été secoués sur le chemin, pour déboucher au col où les à-pics nous ont accompagné tout le long de l’ascension. Il fait frais à cette altitude, malgré le soleil qui cogne fort. Emilie arrive à 12 h 45, on voit qu’elle souffre et que les réserves sont au minimum.

Divers perso 001

A ce stade, c’est le mental qui a pris le relais du corps, épuisé par tant d’efforts ; Avant son passage, on sympathise avec 2 bénévoles de la mairie, qui couvraient pour la première fois ce type d’évènement, et qui, en bons provinciaux du sud, étaient arrivés au briefing de la course avec une heure de retard, c’est-à-dire, à la fin… Ils ne savaient pas trop ce qu’il fallait faire, et eux non plus n’étaient pas trop de 2 pour pointer les trailers au point de passage. Nous leur avons montré la topo de la course, ils n’en revenaient pas. Moment que nous avons choisi pour manger, le jeûn de la veille au midi commençant à se faire durement sentir. Toundra a profité avec nous d’un peu de jambon. Les trailers se faisaient de plus en plus rares et le passage entre chaque coureur était très distant. Puis, nous avons repris la voiture pour le dernier point de ravito avant l’arrivée, Vieussan.

Franck demande aux bénévoles le chemin pour rejoindre Vieussan sans reprendre la même route. Le bénévole indique un chemin situé à 10 mn à peine du col. Nous devions suivre la route à gauche sitôt que nous rencontrerions le goudron. Avec le sens de l’orientation qui me caractérise, j’indique à Franck ladite route, qui montait alors que nous étions supposés redescendre dans la vallée. La voie empruntée montait très verticale et le goudron n’était autre qu’un revêtement de cailloux amalgamé, dômé, sur lequel les roues de la voiture glissaient, nous avons eu la plus belle frayeur de notre vie. Quand soudain, terminus en haut de cette gigantesque côte sinueuse, devant une barrière fermée. Pas moyen de faire demi-tour, il a fallu redescendre en marche arrière à l’aide des seuls rétros extérieurs, en priant pour que la voiture ne prenne pas de vitesse, ni ne glisse dans les ornières de côté. Savant demi-tour au moment ou la « route » faisait une épingle à cheveu, pour finir notre course en marche avant. Soupir de soulagement, nous avons eu bien peur.

En arrivant à Vieussan quelques minutes plus tard, il faisait déjà très chaud, nous apprenons que le concurrent précédant Emilie venait d’être transporté à l’hôpital, extenué. Il nous avait semblé beaucoup souffrir au Col du Corbou, et visiblement il avait épuisé ses dernières ressources. Emilie venait de « gagner une place » de fait, ainsi va la course. Elle était classée 15e au scratch à cet instant de la course, somme toute une bonne performance compte tenu du peu de temps en ce début de saison pour sa préparation sur ce type de course, et des difficultés qu’elle avait rencontrées tout au long du parcours.

Les derniers trailers que nous avons croisés à Vieussan avaient beaucoup de mal pour récupérer avant la dernière épreuve de 15 km seulement, mais aussi une des plus éprouvantes avant l’arrivée à Roquebrun.

Emilie nous y a rejoint aux alentours de 14 h 00, elle était gavée de sucre, et a beaucoup mangé sur la dernière partie de la course pour recharger en énergie. Elle est repartie aussitôt pour redémarrer avec des côtes toujours aussi raides.

Elle a fait une arrivée triomphale en 1ère féminine à 17h 05, après 20 heures passées de course, exténuée mais visiblement très heureuse. Nous avons été très heureux de l’avoir accompagnée tout au long de son parcours du combattant, et avons vécu avec elle ses joies, ses doutes, ses découragements, ses coups de gueule, et bien sûr, une fois de plus, sa victoire sur les difficultés, sur elle-même.

Bravo Emilie…..

Avec tout l’amour de ta Maman.