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Publié par emy

Skyrunner-World-Series-90 Nous voici sur la deuxième étape du circuit des World Series de skyrunning sur le format Ultra....

 

C'est toujours un grand moment de démarrer un récit d'une course de 170km, parce qu'on ne sait jamais vraiment par où commencer!... Bah oui, y en a des choses à dire sur 39H!... Et en même temps, les souvenirs sont parfois confus...

 

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La première chose qui me vient à l'esprit c'est de tirer mon chapeau à toute l'équipe d'organisation de l'Andorra Ultra Trail Vallnord pour l'énorme boulot fournit pour nous offrir une nouvelle fois un beau rendez-vous, digne de sa réputation:

les aléas de la météo et l'enneigement persistant à quelques jours de la course ont contraint l'organisation à envisager un plan B, puis même un plan C, les orages ayant décidé de s'inviter au programme... Non contents d'avoir proposé un tracé de "repli" conservant distance et dénivelé, 1 semaine avant nous étions avertis du tracé définitif et avions en plus le nouveau road book, nouveau profil, et toutes les indications nécessaires à une bonne préparation de course, et pour cela chapeau, merci et bravo!

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Mais l'orga ne s'est pas arrêtée en si bon chemin d'efficacité: C'est à la pelle et à la force des bras qu'ils ont nettoyé les sentiers enneigés pour nous laisser un beau passage en toute sécurité!... Je n'aurai jamais pu imaginer une telle implication et une telle volonté à offrir le meilleur aux coureurs pour que nous puissions faire notre course dans les meilleures conditions possibles! Un travail de titan, et un large sourire sur le visage de tous les bénévoles ne laissant rien paraître du stress que peut susciter le mauvais temps sur une course de cette envergure... Et oui c'est encore 4 courses qui s'élancent quasi en même temps au travers des magnifiques montagnes d'Andorre... Quelques centaines de coureurs épars auxquels il faut garantir la pleine sécurité durant 60H... De quoi freiner les moins courageux, mais ça c'est sans compter sur notre formidable équipe d'organisateurs...


L'Andorra Ultra Trail, désormais une course de référence dans le domaine de l'ultra, pour leur savoir-faire, leur savoir-être, et la réputation d'une des courses les plus "difficiles" du genre...


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 Nous aurons donc au programme finalement 178 km pour 12000M de D+ (relevé GPS Suunto Ambit) , avec certes une altitude max revue à la baisse et le mythique Pic du ComaPedrosa  en moins, mais dans l'ensemble de quoi satisfaire notre soif de pentes raides et descentes (souvent raides elles aussi) un peu technique et "physico ludique"... Ce qui pour un plan C devient largement respectable et honorable, et permet de fermer les yeux sur un profil malgré tout plus "roulant" que l'original, et sur les quelques sections de bitume...

 

1013038_582420795113113_8687741_n.jpgC'est donc classiquement sur la petite place du centre d'Ordino que la petite troupe de 300 coureurs engagés sur la Ronda se regroupe ce vendredi 21 juin à 7h du matin...

C'est fou comme la ligne semble vide et dénuée de stress de toute part pour une fois... ça contraste totalement avec la Transvulcania il y a 1 mois...Ah bon on va faire une balade de 170km?? Cool!:-) Belle journée pour faire le tour de l'Andorre!...

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Le départ est donné par un tout petit Go qui ne propulse pas le peloton à la manière d'un Grand Raid ou encore d'un UTMB, où se l'on retrouve en moins de 2 écrasés contre les barrières ou étouffés dans le maillot du coureur de devant ou 1017246 10201583527936046 1689252528 npiétiné par le furieux de derrière...Pour autant mon cerveau de blonde est en décalage avec cette

nouvelle donnée, et je perçois à peine que Julien est parti tranquillement lui aussi, rien ne sert de "courir" donc, on va pouvoir respirer...

Un petit tour dans le village pour étirer le groupe, je1002800_594783970551872_1961246461_n.jpg vois finalement les 4 garçons passer enfin devant moi, ainsi que Néréa...

la première partie de course sera relativement serrée du côté féminin avec 4 filles aux avant-postes dont Néréa Martinez, Francesca Canepa et Xari Adrian Caro. Nous ne sommes séparées que d'une poignée de minutes jusqu'à mi course... Ce qui ne laisse aucun répit et pas vraiment le temps de s'endormir...

1000429_590497204304077_234106242_n.jpgComme je le disais malgré un ratio Dénivelé distance tout à fait intéressant et très prometteur, le début de course est particulièrement roulant... ça tabasse un max en descente, et les sections de relances s'enchainent, incitant à un rythme assez rapide...

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Le monde est décidément petit! Je me retrouve à bavarder avec un coureur réunionnais, (ici juste derrière moi sur la photo), avec qui j'ai apparemment fait un bout de route sur le Grand Raid en 2009... Trop fort ces coïncidences!...

c2a9copyright-iancorless-com-_1130195.jpg1012757_590873140933150_1851017553_n.jpgles interpostes sont assez longs, et comme toujours il me tarde de retrouver mon assistant préféré à chaque ravitaillement...

Quel rôle bien difficile que celui d'assistant! L'homme de "l'ombre" sans qui rien ne serait possible... Efficacité, rapidité, psychologie un peu, tendresse beaucoup (quoi ça dépend de l'assistant biensûr...!:-)) moi j'ai de la chance, c'est mon double... il me connait mieux que personne, et nous deux, c'est ...la fine équipe..!

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Et quand ça va pour moi, du coup ça va pour lui... Mais quand ça va moins bien, là, ça devient le parcours du combattant pour lui aussi... Il prend tout le stress de la course et s'inquiète à n'en plus finir, alors pour peu que je sois en retard sur un ravito alors là, je reçois des sms et des appels en pagaille pour voir si... Je suis toujours en vie?;-)

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Contre toute attente, oui! Jusqu'ici tout va bien!..

 

Bon j'ai dit que c'était "roulant" certes, mais n'allez pas croire pour autant que les "grimpettes"ont disparu du parcours... Sur la Ronda les "pentes" sont de vrais murs! On n'y relève pas de grosses difficultés techniques ou de passages avec les bras, mais par contre ça monte fort, et du coup on prend rapidement de la hauteur...

 

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Paysage à dominante verdoyant auquel vient se greffer la blancheur des névés encore bien accrochés çà et là... La météo annonce une matinée couverte puis risque élevé d'orages en début d'après-midi... fortes probabilités de pluies en soirée, nuit fraiche et demain grand beau...

 

Et effectivement nous avons même droit au brouillard à l'approche de du coll Botella...19897 591260520894412 137808143 n

c2a9copyright-iancorless-com-p1120177.jpgc2a9copyright-iancorless-com-p1120180.jpg 

De mon côté, je commence à accuser un peu le rythme soutenu depuis le départ, et la raideur de la pente qui se dresse à ce moment de la course devant  moi      ralentit considérablement ma progression... La menace de Francesca dans mon rétroviseur me persuade de ne pas non plus camper trop longtemps dans ce  mur... Mais à l'évidence, j'ai dû perdre un max de temps, et je tourne la tête, et c'est elle que je vois juste derrière, apparement en peine elle aussi dans cette difficulté... 

RONDA-DEL-CIMS-1126.jpgNous sommes ensemble au ravito du Coll Botella, km 50 il est 15H54, presque 9h de course donc... Nous prenons chacune le temps de bien nous ravitailler (hein coach, tu vois bien que je mange!;-)...) 

Je repars, et Francesca naturellement dans mes roues immédiatement, nous ne resterons pas trop longtemps ensemble, puisqu'elle décide de m'emboiter le pas dans le single qui suit... qu'à cela ne tienne ce n'est pas aujourd'hui que nous discuterons chiffon toutes les deux...Je la laisse filer n'ayant pour le moment pas d'inquiétude par rapport à mon plan de marche... Même si les sensations, elles, sont bien moins rassurantes...


Je trouve l'arrivée au ravito de Margineda interminable! 6km de petit chemin pavé, plat, longeant un petit cours d'eau, le tout en fond de vallée, ambiance semi-urbaine, où l'on croise jolies maisons, et quelques piétons...

 

Pointage à Margineda à 18H18, seulement 3 petites minutes derrière Francesca qui est toujours là. A l'arrière l'écart est de 35' jusqu'à Olga Manko.. Je retrouve mon chéri, qui me propose un petit bol de salade de Riz. J'ai du mal à avaler, mais un peu de solide ne devrait pas faire de mal à ce stade de la course... Changement de maillot pour être un peu au sec, ce qui devrait éviter d'avoir trop froid avec la pluie qui menace...

Cela dit, je ne vais pas avoir si froid que ça avec la difficulté qui arrive juste derrière, une petite patate de 900m+ pour rejoindre le col de la Gallina.

 

La playlist de mayounette dans les oreilles devrait faire passer ce petit coup de mou à la sortie du ravito. Francesca est repartie depuis 2' environ, mais je ne la vois pas.

L'ascension se fait en grande partie en sous-bois, dans un single qui serpente. Je n'arrive pas à mettre de rythme dans cette bosse, ça se gâte.. Pourtant, musique à fond dans les oreilles, j'essaye d'être peu couverte pour être même un peu saisie par la température extérieure, juste histoire de me réveiller, mais rien n'y fait, le niveau d'essence dans le moteur est fortement bas, et la machine a du mal à redémarrer...

 

La nuit commence à tomber à l'approche de Coma Bella.

22H13 au pointage, Franck m'a préparé un super ravito, avec le change pour la nuit et tout qui va bien... Je suis fracassée, et m'empresse de poser une fesse pour relâcher un peu la tension. Je suis lente dans mes gestes, ce qui est plutôt rare, et mauvais signe...Je "campe" un maximum sur ce poste, et ne vois même pas que Néréa et Xari viennent juste de pointer devant moi, et de repartir dans la foulée!...

Change chaud pour la nuit car cette fois je ne reverrai pas Franck avant le petit matin, une section donc d'environ 10 heures seule, ou presque, dans les montagnes, toute la nuit, au clair d'une magnifique pleine lune... Magique!

 

Je suis tellement dans le gaz que je repars sans mon dossard...

Heureusement que mon superman était là! Il s'est tapé un méga sprint à travers la forêt hurlant de toutes ses forces "Emy, Emy...?" ...Et moi, j'ai mis des plombes à entendre que c'était moi qu'on appelait... je finis par dire "Oui?!!" d'un ton agacé du genre " Qui est ce qui vient me sortir de ma léthargie...?!"

 

Bref, le pauvre, tout essouflé me donne le précieux dossard avec la puce de contrôle, et je ne trouve rien de mieux à cet instant que de lui tendre un morceau de chocolat que j'ai dans la main, comme pour le remercier de m'avoir sauvé sur ce coup-là... Si si ça a de la valeur un carré de chocolat... ;-)

 

Cet épisode "blondéique" (c'est un nouveau mot) passé, je repars, en ayant la forte impression de ne pas avancer... Coach au téléphone, je ne sais plus comment lui dire que je suis à "l'arrêt"... Dans mon esprit tout du moins...

 

Coach? c'est l'autre homme de "l'ombre" sans qui rien ne serait possible...Cela ne fait que quelques semaines qu'il m'a pris sous son aile, et il me connaît déjà mieux que moi-même... Planification, orientation, réflexion, analyse, psychologie beaucoup, tendresse...heuuu non faut pas exagérer non plus !;-) Mais calme et sérénité quand moi je perds pied ça oui!...;-)

Bref, reboostée par ses quelques mots, je "vais" comme le dis la chanson...

 

Je poursuis mon ascension vers le Pic Negre, autre gros morceau de la journée: 1400M+ sur 10km...

Au détour d'un sentier qui débouche dans le virage d'une route, je tombe sur Néréa qui semble s'être plantée et partie en bas à gauche alors qu'il fallait remonter à droite en direction du parking... wow! C'est moi qui ai la lucidité de voir le bon tracé cette fois?! Aurais-je conjuré le sort du Ventoux...

Je siffle pour lui indiquer de remonter et j'en profite pour glisser à un bénévole de contrôle pas loin qu'il manque du balisage à se croisement...

 

De passer Néréa me redonne un élan d'energie, et je déroule tout ce que je peux sur la portion de faux plat qui nous conduit vers la suite de l'ascension...

Et... Qui vois-je? l'autre Espagnole Xari qui semble avoir du mal dans les relances... mmmhh lé bon ça! allez hop, gaz un chouille dans la bosse histoire de voir si ça suit...

 

Je me retrouve rapidement toute seule, avec juste une énorme lune en ligne de mire pour me tenir compagnie...

 

La température a fortement baissé, et on se caille sévère!...pourtant chaudement couverte, même en courant, impossible de se réchauffer...

Quel bonheur d'apercevoir en contrebas les phares indiquant l'arrivée sur le joli refuge de Claror à 2h48 du matin...

La douceur et la gentillesse de la bénévole qui m'accueille dehors sont tellement apaisante, ça fait un bien fou... Je m'empresse de me faufiler au chaud à l'intérieur... mhhh il fait bon!! Je passerai bien la nuit ici moi!.... Pour l'heure j'accepte avec grand plaisir un bol de lentilles proposé par les bénévoles tous plus gentils les uns que les autres ne sachant quoi faire pour nous faire plaisir; chacun y va de sa proposition de service plus confortable et agréable les uns que les autres....

Mais voilà, la route est encore longue, faut pas trop trainer non plus....

 

Je poursuis ma route dans la nuit noire et le froid persistant....Franck et coach ne dorment pas.Ni mon Pierre. Et recevoir de leurs nouvelles dans cette solitude immense au beau milieu de la nuit, entourée de montagnes que l'on devine à la lueur de la frontale et de la lune, me chauffent le coeur...14 minutes d'avance sur la 3ème m'indique Franck... Après plus de 100km et 20 heures de course, je ne sais pas trop quoi en penser... Lui se réjouit, moi je trouve ça assez peu confortable comme avance... Sans doute est-ce parce que j'ai une idée plus précise de mes sensations qui ne sonnent pas la pleine forme non plus...

J'ai sommeil, et très froid... Je ne dois pas boire beaucoup mais j'essaye d'y penser de temps à autre...

 

L'arrivée au refuge d'ILLA perché tout là-haut, me semble interminable... Le petit jour pointe le bout de son nez, et entre les blocs de roche énormes je l'aperçois, ou crois l'apercevoir depuis un moment, mais... toujours rien... On grimpe encore et encore... J'ai toujours aussi froid, et pas de refuge... Il se fond dans la couleur de la roche... tenue de camouflage Andoranne?...

 

À l'intérieur du refuge, à 5h49, même combat, tout le monde aux petits soins pour moi... On me propose couverture, repas, remplissage de bidons et tout plein de service et de confort que je ne saurai accepter, gênée par tant de bienveillance... Une chose que j'ai refusée sans hésiter, est de me blottir juste devant le feu de cheminée...Un coup à ne pas repartir ça...

 

Après cette bonne petite halte, il faut reprendre la route car mine de rien l'heure tourne et c'est maintenant 45 minutes de retard que j'accuse sur Francesca...

 

Le levé du jour d'un orange feu qui frappe le sommet des montagnes à l'horizon est sublime...

 

Je traine une sérieuse douleur au mollet droit depuis le premier quart de course, que je soupçonne de n'être autre qu'une méchante contracture, mais qui me pourri chaque foulée, m'empêche de courir convenablement, dans les relances comme dans les descentes.... Pfff j'avais déjà pas besoin de ça pour ralentir le rythme...

Après avoir eu monstre froid cette nuit, le soleil éclatant du jour brûle déjà la peau. L'air frais des hauteurs masque cette sensation de chaleur, on ne ressent pas la soif non plus, il faut faire attention à la déshydratation qui veille...


Traversée de grosses plaques de neige, en devers, et glissantes mais sécurisées par des cordes, pour rejoindre un joli sentier rocailleux à flanc, l'univers minéral de la montagne s'efface peu à peu pour nous permettre de retrouver de jolis pâturages jaunes et vert qui nous conduisent sur l'étrange station du Pas de la Casa... 

 Pointage à 9h19, comme je suis heureuse de retrouver mon loulou.... Là, je n'affiche clairement pas une grande fraîcheur, et je savoure la pause comme jamais... Je m'assoie, change de chaussettes une nouvelle fois, tente d'avaler un truc ou deux... Du frais, j'ai envie de frais, il n'y a que ça qui passe. Pastèque, melon, orange...

 

Ca devient compliqué de repartir, les muscles refroidis, endoloris, et toujours cette douleur inexplicable au mollet, je dois bien mettre plusieurs minutes avant de retrouver un semblant "d'allure"... Enfin, ou pas...

Nous longeons une magnifique rivière en repartant du Pas de la Casa, puis coupons à travers champs pour rejoindre un semblant de sentier perdu au milieu de grandes herbes, ambiance bucolique qui cache une des dernières grosses difficultés qui arrivent juste après pour rejoindre Bordes d'Envalira: 800m de montée environ pour rejoindre Port Dret tout là-haut... Si on lève les yeux on devine 2 silhouettes orange qui surplombent... Pas de doute, c'est notre prochain point de contrôle.... Va falloir s'avaler du "pentu" jusqu'en haut....Encore une pointe à 2600m, comme toutes celles que l'on se fait depuis le Pic Negre...

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Arrivée sur Bordes d'Envalira km 140 à 12H44, soit pile une heure derrière Francesca. Bref ravitaillement où je croise Seb Raichon qui arrive de la Mitic, et qui a l'air bien plus vaillant que moi... 

 

Il n'y a que 15 petits kilomètres tout faciles pour rejoindre Inclès, on va essayer d'avaler cette section aussi vite que possible... Bon le mot "vite" prend ici une tout autre dimension que celle que l'on pourrait imaginer...

Comme me le dit Seb gentiement au passage ,avec qui je bavarde 2 secondes, "et toi? t'es dans le dur a priori?"... Heuuu, comment te dire...?oui c'est exactement ça...! "bon bah bonne course alors! :-)

 

Une descente, une courte montée puis une descente roulante, voilà en gros le profil de fond de vallée vers Inclès.

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N'empèche qui me faudra un "bon"verre de coca au ravito d'Inclès pour donner un semblant de sucre un peu rapide dans ce corps tout mou, et dans ce cerveau qui rame pour rester lucide...

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C'est d'ailleurs à partir d'ici que je lutte tout ce que je peux pour rester claire, et continuer à avancer... Les messages de soutien ne suffisent plus, je suis en mode "radar" depuis trop longtemps...

J'entame ici un véritable chemin de croix pour rejoindre Armiana... Pourtant sur le papier rien de très compliqué, une section que j'avais estimée à 1H45 au max, ouais bah, non pas là non...Il me faudra plus de 3H pour arriver au prochain poste... Ouhhh... Qu'c'est dur...

Incertaine d'être sur le bon tracé tellement je manque de lucidité, nous devons reprendre un bout de circuit dans l'autre sens au sortir d'Inclès avant de traverser la rivière pour basculer sur l'autre versant... Mais traumatisée par mon épisode "Ventouesque" (c'est encore un nouveau mot), de ce début d'année, je ne veux surtout pas renouveler cette loose, surtout à ce stade de la course, où chaque pas, chaque minute, est d'une importance capitale...

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Je suis sur le bon circuit, mais le coton se met dans chaque circuit de mon esprit, et je ne sais pas pourquoi, j'ai l'impression d'avoir déjà dépassé le poste d'Armiana...

Je demande 2 autres fois à un gars de l'orga et à un passant si c'est bien le tracé de la Ronda... Vaut mieux 3 fois qu'une!... Rien ne va plus...

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En mode "détresse" ... Les larmes au bord des yeux, "je suis vidée"...

Que faire...? Ce serait si facile et si rapide de s'arréter là... Arrêter la douleur, ne plus savoir pourquoi on court quand on ne sait même plus ou on habite...? 

Il faut puiser...

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Peu avant l'arrivée sur Armiana je suis reprise par Olga Manko...

Pour une fois ça ne me fait ni chaud, ni froid!... Je suis à des kilomètres de me battre pour la place... je suis en lutte contre moi même pour juste...aller au bout!

Je m'écroule sur un siége au si désiré ravito d'Armiana, km155, un peu plus de 34 heures de courses et déjà presque 11 000m+ avalés...

Encore une fois l'accueil est des plus chaleureux; On m'offre un bol de pâtes au fromage, que j'ai du mal à ingurgiter, mais il faut à tout prix se forcer...

Je puise au plus profond de ce que j'ai pour me persuader que "aller, t'as pas fait tout ça pour arrêter maintenant!?..." Il ne reste plus rien ou presque... Une méchante bosse de 900m+ environ jusqu'au Coll d'Arenes, dernière difficulté de cette Ronda... un gros mensonge (volontaire?) d'une dame au ravito qui me dit "non il n'y a que 600M+ pour le coll d'Arenes"(...) je dis "que 600M+? sûr?" une paille... Quand on vient de se taper presque 11000M...ça ne semble pas correspondre à ce que j'avais vu sur le RoadBook mais il n'en faut pas plus pour me motiver et repartir pour...En finir!...

 

Mes jambes pèsent une tonne chacune (au moins!...), je ne retrouve pas de rythme malgré une bonne pause et un encas de circonstance... Je multiplie les arrêts, chaque fois est une bonne occasion de récupérer..Je suis encore rongée par le doute: "Suis-je sur le bon tracé?" nous avons rejoint un max de coureurs en provenance de la Mitic, et il semble que les 3 parcours le Celestrail et la Ronda empruntent le même finish... mais je suis poursuivie par mon angoisse "Ventouesque"...

 

Le ciel s'assombrit un peu, et le vent se lève... Je mets, et enlève ma veste RT Wind Lady plusieurs fois, oscillant entre "trop chaud" & "trop froid", bref quoi qu'il en soit, va falloir se taper cette dernière grimpette... dont on ne voit pas encore le bout...

16443406.jpg16443407.jpgDu pentu! Ah oui, en veux-tu, en voilà! Bim, c'est raide et ç'est pas fini... En mode "rando", j'observe un coup devant, un coup derrière... Un peu comme mes pas, titubant de gauche à droite, un pas en avant et deux en arrière...Quand ça veut plus, bah... ça veut plus! Quoi que...

Dans cette montée je ne suis pas seule, il y a tous les coureurs des autres courses...Et un soupçon d'orgueil fait surface: Je me fais emboiter le pas par un gars pas très sympa qui se plante juste devant moi, et coupe franchement ma progression qui est déjà d'une lenteur absolue... Je l'aurai bien laissé ouvrir la voie s'il ne m'avait pas coupé le nez de manière vraiment peu courtoise... Du coup je rouspète dans "ma barbe" pour lui faire comprendre que ça serait cool qu'il bouge son popotin!... Du coup, il me relaisse passer... Bon bah pas le choix, va falloir avancer maintenant!...

Nous apercevonsc2a9copyright-iancorless-com-_1120880.jpg enfin le dôme, avec la tente, et point de contrôle au coll d'Arenes à 20h14...

 

En théorie ça sent franchement l'écurie, et sur le papier il n'y aurait plus qu'à se laisser glisser sur 15km pour rallier l'arrivée sur Ordino...

 

Un soupçon de bonheur à l'entame de la descente où je prends presque plaisir à "dévaler" les portions enneigées en mode "tout en glisse", parfois sur les jambes, et parfois... Sur les fesses! (indépendant de ma volonté!...)

Puis moment de doute de nouveau où j'ai le sentiment que l'on est sur une section commune avec l'aller, mais cette fois dans le sens inverse!.... GRRRhhh pas encore le Ventoux! non non non...

De toute façon, je n'ai vu aucun autre balisage... Alors... On verra bien..

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Cette descente est progressive, le long d'une rivière qui bouillonne plein gaz, un niveau d'eau exceptionnel, qui la fait déborder de nombreuses fois sur les sentiers détrempés que nous empruntons depuis le début, où se mélangent boue et mares d'eau gigantesques...

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Puis nous rentrons dans la forêt, ou le chemin se rétrécit pour laisser place à une portion plus raide et plus technique...

Mais, nous remontons encore un peu environ 200m je dirais, avant de retrouver le dernier point de contrôle pour enfin attaquer la toute dernière descente...

 

Mon chéri semble impatient de me retrouver... Mais je suis toujours en vie! Et j'arrive, tant bien que mal... La douleur au mollet m'obligeant à marcher plus qu'à courir, sur une section qui d'habitude me convient d'avantage... Tant pis, on jouera une autre fois...

C'est à la frontale que je fini par débouchée après cette longue section de descente pavée humide, sur la route qui mène au centre d'Ordino!

 

Youhouuuu! oh pinaise ça y 'est, je déroule enfin mes 2 derniers kilomètres...

Dernier virage, je vois l'arche, et une arrivée en toute intimité (comme souvent) désertée de supporter certainement tranquillement attablés...

 

RONDA-DEL-CIMS 142639 heures 32 pour boucler cette Ronda... Sur le coup, je ne suis même pas heureuse de l'avoir fait, juste je suis contente que ça s'arrête...

Les impressions sont troubles...

C'était une belle course, variée, physique...Mais...

... La saveur est contrastée... Très contrastée...

 

Pour l'heure place à un repos bien mérité malgré tout!...

 

 Mille merci à mon trio de choc, le chéri, le coach et l'ami, Franck, Jean Claude et Pierrot, pour votre soutien sans faille sur ces 178km, merci d'avoir donner toute votre energie pour me pousser à rallier l'arrivée...

 

Merci à Quechua de rendre possible toutes ses aventures, si difficiles et belles soient elles...

 

Merci à tous mes partenaires et merci à tous pour votre soutien si précieux et félicitations à tous les finishers de cette Ronda!

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c2a9copyright-iancorless-com-p1130182.jpgA bientôt sur les sentiers!

 

Emy

 

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Commenter cet article

2ni 09/07/2013 17:28

Salut Emy,
Très poignant, ton récit. Pas évident, quand ça passe comme ça, mais en tout cas, bravo... vraiment !
Ca me laisse toujours autant admiratif, tous tes rendez-vous d'ultra... Et, en plus, on a vraiment l'impression de courir carrément avec toi... et de les vivre, un peu, du coup, par procuration,
ces fameux challenges...
Merci donc pour ce beau cadeau que tu nous fais à chaque fois, avec ce partage, si bien écrit, de tes émotions de course.
Allez, récupère bien et à une prochaine...
Bises
2ni

LUDOVIC 01/07/2013 16:45

super recitemilie et tres belle course. je suis admiratif pour ces challenges que tu fait. un grand bravo a toi et merci de ta gentillesse et de ta simplicité
un grand fan

ludo

CAROLE BETAILLOLE 30/06/2013 23:07

Ton cr m'a vraiment pris les tripes et aussi m'a fait rire ! je pourrai néanmoins te faire hurler de rire avec mon côté "blondéique" aussi!!(notamment ce week) où me suis perdue...
En tout cas bravo pour ces moments forts que tu partages ! reposes toi bien ! ;-)

mayounette 30/06/2013 00:33

J'ai souffert avec toi en lisant ces lignes, je connais aussi ces sensations où le plaisir et les endorphines se font trop rares...
... et navrée que la playlist n'ait pas été assez efficace :-))
Retape toi bien ma chupa, chouchoute toi et tu repartiras comme en 40 !!!
Take care, bizzzz

bottle 29/06/2013 21:29

Bravo emy, je vois que la Ronda a été dure pour tous. Nous sommes arrivés 1h après les podiums dommage mais on a bouclé c'était l'objectif.